Images: ©Ikram Benchrif

Comme de choses vraies (2026)

~ Musique de scène





Musique pour la création chorégraphique Comme de choses vraies du collectif 23chemin (Ikram Benchrif, Paul Girard), première le 25 septembre 2026 au CDCN d’Avignon - Les Hivernales.


Violoncelle: Beatriz Raimundo
Lyre désaccordée, accordéon, synthés, samplers, percussions, piano: Nicholas Stücklin





Plus de musique pour Comme de choses vraies >


Répondant à l’écriture de la pièce, qui évoque la vie au sein des campements dans le bois de Vincennes à Paris, la bande sonore de Comme de choses vraies a pour but d’entourer le public d’une forêt musicale. Plutôt que d’imiter les sons et bruissements que nous associons au bois ou au grand air, cette musique suggère une façon d’entendre et de se placer dans le monde. Être dans la forêt, y vivre, fait appel à un sensorium particulier. La bande-son s’oriente vers cette expérience sensorielle en prêtant attention à la densité organique et sonore de la forêt, et à sa distribution dans l’espace.

Au lieu d’une mélodie distincte avec séquences et progressions claires, il s’agit en grande partie d’un nuage sonore, d’une cacophonie à directions multiples, dense, ludique, harmonique ou imprévisible, dont l’ensemble paraît mû par des principes opaques. Pour permettre cette sensation, la musique se compose souvent de textures et de fragments, dont les dynamiques et densités sont rythmées par des mouvements spontanés. Faite d’une palette de timbres relativement large, l’instrumentation vise à donner l’impression d’une population sonore diverse, faisant cohabiter des sons acoustiques, transformés et synthétisés (lyre désaccordée, accordéon, violoncelle, synthés, samplers, percussions, piano).

En salle, la musique est diffusée par un système de son spatialisé. Grâce aux arbres et branches qui la composent, la forêt a cette particularité de non seulement abriter des sonorités organiques très diverses, mais de rendre possible des interactions sonores sur des niveaux d’hauteur et de profondeur variés, dans un espace relativement resserré. Pour explorer cette configuration, la bande-son se sert d’une diffusion multicanal en salle, à hauteurs et distances multiples. Ce format permet de recruter la faculté de l’ouïe humaine à placer un son à un lieu précis, ou d’en percevoir sa trajectoire dans l’espace. Pour Comme de choses vraies, il permet de générer plusieurs zones acoustiques, et de suggérer des évènements sonores à différents endroits dans la salle, qui se manifestent de façon différente selon où l’on est placé. Il s’agit en grande partie de nuances, parfois au seuil du perceptible, qui alimente un va-et-vient continu entre la perception et l’imagination. Une forêt est, entre autres, un lieu d’interrelations soupçonnées. Une bonne partie du temps, se trouver dans les bois implique de se fier à ce que l’on croit voir, entendre ou sentir, et de composer une impression à partir de fragments sensoriels, sans certitude sur l’entièreté de ce qui nous entoure. C’est cette capacité de la forêt à héberger des potentialités, des expériences entre sensation et spéculation, qui se trouve au cœur de cette création sonore et musicale.